Apnée et Santé

Apnée et santé, photo André Musgrove

J’ouvre une parenthèse rapide avant de commencer cet article, pour remercier mes lecteurs et les assurer que, même si je ne prends jamais le temps de répondre à vos emails, je les lis tous et ils me vont droit au cœur.

Je souhaite particulièrement remercier Didier et Elvis.

Didier, n’ayez aucune angoisse sur votre épreuve du 4 x 50 mètres, quand on tourne à 5’5 de statique en première année, on est, indiscutablement, doué. Et même s’il est vrai que l’hypercapnie est très éloignée de la statique, cette belle performance doit pouvoir vous rassurer mentalement pour vos séries. Et le mental, dans les séries, c’est la clé !

Sachez qu’en hypercapnie, passé un certain stade, votre état ne se dégrade plus, vous restez dans un « inconfort constant », c’est pourquoi il est conseillé de travailler le relâchement mental, pour accepter cet inconfort.

D’autre part, je vous invite à acquérir un saturomètre et à enchainer les séries hypercapniques à sec pour vous rendre compte qu’il ne faut pas plus de 30 secondes à l’organisme pour récupérer. D’ailleurs, il y a un exercice hypercapnique qui montre combien le mental joue, dans cette épreuve :

  • Partez sur, disons, 4 ou 6 x 50 mètres, en vous laissant 4 ventilations de récupération à chaque fois : normalement, vous accuserez vite le coup sur l’enchainement ;
  • Repartez sur le même nombre de séries, mais cette fois-ci, dès que vous sortez pour votre récupération, mettez votre saturomètre et imposez vous de repartir dès que vous aurez parfaitement récupéré : normalement, les séries passeront beaucoup mieux.

Pourtant, dans la seconde version de cet exercice (saturomètre), vous ne vous accorderez que 30 secondes de récupération (mais en vous fiant au saturomètre plutôt qu’à une montre, vous enlevez un facteur limitant – le temps – en ne prêtant attention qu’à un facteur de force – la récupération complète de l’organisme) alors que dans la première version (4 ventilations), vous vous accorderez entre 45 et 60 secondes de récupération ! Travaillez le relâchement mental et gardez en tête qu’une longueur commencée, c’est une longueur terminée (ça c’est la grande phrase de mon coach 😉

Elvis, je suis enchanté de savoir que l’article sur l’apnée et les mécanismes physiologiques vous a plu. Il me semble important d’essayer de lever les facteurs limitants et de donner des clés d’amélioration pour tout le monde. Merci donc de votre clin d’oeil 😉

Je referme la parenthèse et on revient à nos moutons !

Les bienfaits de l'apnée sur la santé

© Paul Colley

Les bienfaits de l’apnée sur la santé

L’apnée sportive (et non l’apnée du sommeil 😉 a de nombreux bienfaits sur la santé, pour l’hygiène et la philosophie de vie qu’elle suppose, mais également par la fine connaissance de soi qu’elle apporte.

En règle générale, les apnéistes ont une hygiène de vie irréprochable (dont le craquage ponctuel fait partie intégrante, rassurez-vous !) :

  • Pratique régulière d’activités sportives variées ;
  • Alimentation saine, principalement anti oxydante, qui favorise la respiration cellulaire et lutte contre le vieillissement prématuré des cellules ;
  • Les apnéistes, bien sûr, ne fument pas.

Un apnéiste qui souhaite progresser adoptera une philosophie de vie en s’ouvrant à l’apprentissage de la ventilation ; du relâchement mental et physique ; de la gestion du stress (baisse du rythme cardiaque et de la production de cortisol). Il se tournera également vers des techniques de yoga, de méditation, de Qi-Gong et pratiquera quotidiennement de nombreux exercices d’assouplissement physique et mental qui ont des impacts positifs sur le corps et l’esprit.

Enfin, ce cheminement lui permettra d’acquérir une meilleure connaissance de soi, de son potentiel, de son fonctionnement mental et physiologique. L’apnée nous permet de prendre conscience de notre inconscient – qui connait bien mieux nos limites que notre conscient – d’y faire appel et de se familiariser avec l’étendue infinie des possibles, qui nous permettent de changer notre façon de voir et de penser (cf. vidéo en fin d’article). Un exemple personnel de l’usage que je fais de l’inconscient : pour la dernière compétition de la saison passée, je m’étais fixé un objectif en DYN et un objectif en DNF. J’ai longtemps réfléchi à ces objectifs et pensais pouvoir parfaitement les atteindre. Quelques jours avant la compétition, quand mon esprit (conscient) était occupé à faire quelque chose (en l’occurence, je me brossais les dents), mon inconscient a « pris la parole ». Dans les faits, c’est silencieux, c’est simplement une connaissance nouvelle en vous, qui se manifeste soudainement, une réponse à vos questions conscientes. Et mon inconscient m’a dit « OK pour le virage en DYN ». Il n’a rien dit sur mon objectif en DNF, ce qui est très intéressant. Pourquoi ? Parce que votre inconscient ne joue jamais contre vous, il ne ferme pas la porte, il ne pense pas négatif. Votre conscient, si. Parce que spontanément vous allez penser que ce n’est pas possible ou pas atteignable, parce que le regard conscient que nous posons sur nous est biaisé. Plus vous ferez appel à la méditation, au relâchement mental, à l’auto-hypnose, plus vous deviendrez intuitif et favoriserez votre changement de perceptions.

Je (re)poste ici une vidéo sur les bienfaits de l’apnée, je l’affectionne particulièrement.

Apprendre à respirer : de nombreux bienfaits

Rappelons la différence entre ventilation et respiration, car souvent, nous utilisons ces termes à tort.

La ventilation est le mécanisme qui consiste à renouveler l’air des poumons par l’action des muscles respiratoires, dont le principal est le diaphragme. Ce que nous appelons, à tort, respirer est, en fait, l’action de ventiler. Par l’entrainement, l’apnéiste augmente son volume pulmonaire et apprend à contrôler l’amplitude et les fréquences ventilatoires. Le contrôle des cycles ventilatoires, également enseigné dans le yoga et la méditation (entre autres), a de nombreux bienfaits sur la santé et des applications possibles au quotidien. Il permet :

  • D’agir sur le rythme cardiaque, qui décroit à l’expiration, par activation du système parasympathique, favorisant ainsi la relaxation et la récupération ;
  • De mieux gérer stress et émotions, réduisant ainsi le taux de cortisol et permettant, après une pratique matinale de mieux appréhender la journée et, après une pratique en fin de journée, de mieux dormir ;
  • De se libérer de notre flux (incessant) de pensées, de lâcher prise, pour mieux se recentrer sur soi, se découvrir.

Plus nous maitrisons l’art de bien ventiler, plus nous maitrisons la possibilité de changer d’état de conscience. C’est un moyen efficace pour faire un break de nous-mêmes, reposer notre cerveau, laisser problèmes et angoisses en dehors de cette bulle de bien-être et de silence. Recourir quotidiennement à des techniques de contrôles ventilatoires entraine un meilleur fonctionnement physiologique de l’organisme, par la cohérence cardiaque. Les effets s’en ressentent immédiatement : bien-être, harmonie mentale et physique, pensées ancrées dans le présent, sentiment d’être reposé, plus grande disponibilité mentale et intellectuelle, recul sur les événements, plus grande intuitivité.

Reposer son cerveau… seulement pendant les vacances?

Extrait de l'émission "28 minutes", diffusée sur Arte.Interview du Docteur en neurosciences cognitives Albert Moukheiber.

Publiée par La page d'un petit colibri qui voulait faire sa part sur Dimanche 18 août 2019

 

Avant une apnée, la maitrise des cycles ventilatoires et de techniques spécifiques permet à l’apnéiste de partir détendu, en harmonie avec l’élément et d’optimiser ainsi sa prise de performance. En sortie d’apnée, ces techniques permettent de dispatcher plus rapidement l’O2 dans l’organisme alors même que ce dernier (notamment via une tachycardie réflexe) est prêt pour cette distribution.

La respiration est un processus physiologique qui, par les échanges gazeux alvéolo-capillaires et la respiration cellulaire, distribue l’O2 dans l’organisme et évacue le CO2. Par différents entrainements physiques (cardio, endurance) et une alimentation anti oxydante, ce processus est optimisé. En d’autres termes, par l’envie d’allonger ses distances, l’apnéiste adopte une hygiène de vie qui agit positivement sur sa santé, puisque pratique sportive régulière et alimentation anti-oxydante :

  • Développent le système cardio-vasculaire,
  • Optimisent le transport de l’O2 pendant l’effort,
  • Contribuent à réduire le rythme cardiaque (à prendre le matin au réveil, avec votre saturomètre),
  • Réduisent les risques d’AVC,
  • Agissent contre le vieillissement prématuré de l’organisme,
  • Luttent contre les inflammations multiples de l’organisme,
  • Nous aide à rester en forme,
  • Agissent directement sur notre niveau de stress physiologique.

Les premiers bienfaits de l’apnée se retrouvent donc en amont de cette pratique et sont transcendants à cette dernière : un bon apnéiste est une personne en forme, qui prend soin d’elle.

Le corps en économie, la méditation sous-marine

Apnée et santé, Guillaume Nery, méditation sous marine

Lors d’une apnée, l’organisme se met en économie d’énergie. Cette économie est :

  • Physiologique : c’est le réflexe d’immersion. Il comprend la bradycardie réflexe et la vasoconstriction périphérique. La bradycardie réflexe est la baisse du rythme cardiaque, pour économiser l’oxygène. Elle entraine une réduction de la consommation d’O2 et une désaturation moins rapide de l’hémoglobine. La vasoconstriction périphérique entraine une limitation du flux sanguin dans les organes périphériques pour privilégier les organes vitaux : cerveau, cœur, poumons. Elle compense la bradycardie en maintenant la pression artérielle et permet de conserver, sur le lieu de production (muscles), les déchets acides résultant des métabolismes oxydatifs (CO2, lactates), retardant l’acidose jusqu’à la reprise ventilatoire.
  • Physique : liée à l’apprentissage des techniques de nage, de détente mentale, d’harmonie avec l’élément.

Cette mise en économie de l’organisme entraine un réel bien-être, associé et renforcé par l’immersion sous-marine, le silence et la solitude du lieu, qui permettent une méditation tout à fait unique, propre à ce sport. De nombreux apnéistes comparent, ainsi, leur sport à une bulle d’oxygène dont ils sortent détendus et reposés.

Par des techniques d’auto-hypnose ou de déconcentration de l’attention, permettant de créer une conscience vide lors de l’immersion, l’esprit se libère totalement, renforçant les bienfaits précédemment cités.

Apnée et Santé, photo d'André Musgrove

© André Musgrove

Le changement de perception

Je l’avais déjà évoqué dans cet article et ne ressens pas le besoin de refaire le point ici. Les apnéistes désireux de progresser connaissent parfaitement les charges mentales imposées par ce sport et le cheminement nécessaire pour déconnecter du temps, de la distance, de l’inconfort, du lactate.

J’ai trouvé, par contre, cette vidéo, plutôt sympa et suffisamment vulgarisée pour en voir les applications possibles autant à l’apnée qu’au quotidien. Accepter de changer sa perception des choses, mieux connaître son potentiel est quelque chose que je considère également comme un des bienfaits que m’a procuré l’apnée.

© André Musgrove – Photo principale de l’article

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