Déconcentration de l’attention et application à l’apnée

La déconcentration de l'attention en apnée

La goutte d’eau qui a changé les choses

J’ai découvert la méthode de déconcentration de l’attention l’année dernière, par hasard. Mon programme d’entrainement prévoyait, deux fois par semaine, des séries de 16×50 mètres en apnée surface, avec une planche tendue à l’avant et des (très très) petites palmes de piscine. Je laissais 30 secondes de récupération entre chaque longueur. Si vous testez l’exercice, vous constaterez que l’évolution en surface, avec une planche, sont 2 freins considérables et que l’effort à fournir pour avancer – surtout avec ce genre de palmes – est important : l’exercice devient rapidement difficile. Je me souviens que j’essayais de me détendre complètement à chaque récup, en me répétant que « 30 secondes, ça suffit, mon saturométre me l’a confirmé à chaque fois ». Mais le rationnel n’a jamais eu le dernier mot : le premier mois, j’abandonnais toujours aux alentours de la dixième longueur.

Tout début du deuxième mois, j’ai vécu quelque chose d’a priori complètement anodin – et que j’aurais pu louper totalement – qui m’a permis de terminer le 16×50 mètres et de découvrir la méthode de déconcentration de l’attention. Aujourd’hui ces séries passent sans problème. La déconcentration de l’attention m’a permis, en l’espace d’une semaine, d’ajouter 6 longueurs à ma performance standard, en me sentant physiquement et mentalement bien mieux qu’après 10 longueurs.

 Que s’est-il passé ce jour là ?

Pendant les longueurs, j’ai l’habitude de fixer une ligne au sol, l’une de celles entre les carreaux. Je la suis du premier coup de palme au dernier. À cette séance, alors que je fixais une ligne, une goutte d’eau – qui était dans mon masque – est passée devant mes yeux et a flouté ma vision : on est d’accord que j’aurais pu complètement louper le truc voire même nettoyer mon masque pour la longueur suivante ! Mais rien de tout ça : j’ignore pourquoi, mais je me suis immédiatement concentré sur ce flou pour le rendre encore plus flou et m’y perdre, tout en continuant à suivre la ligne au sol. Plus je suivais la ligne, plus elle se floutait, plus j’étais à la fois concentré mais ailleurs. L’exercice m’a alors semblé plus simple puisque je n’y pensais plus, j’étais là, mais sans être là. La série est devenue moins engageante physiquement et mentalement, j’ai terminé mon 16×50 mètres sans grande difficulté. Cette goutte d’eau m’a ouvert à un univers de possibles.

la goutte d'eau qui m'a ouvert à la méthode de déconcentration de l'attention

En sortant de l’eau, j’ai parlé de cette expérience à un ami qui m’a expliqué qu’il s’agissait là d’une méthode appelée « déconcentration de l’attention », connue et pratiquée en apnée. Je me suis donc penché sur cette méthode pour en savoir davantage. Je l’utilise aujourd’hui en même temps que je l’apprends et ses bénéfices sont nombreux ! En statique, par exemple, à un moment donné, je ressens comme une certaine chaleur – qui traduit, dans ma perception, un emballement de l’organisme et l’énergie qu’il déploie pour m’envoyer ses messages d’urgence : après ce ressenti, il y a souvent une accélération de la détérioration et le spasme qui suit me fait entrer dans un autre niveau de lutte. Avec la déconcentration de l’attention, j’essaie d’enregistrer tous les ressentis positifs qui précèdent cette chaleur et de me concentrer pour les étendre dans le temps, pour les faire durer : la détérioration arrive moins rapidement. Lorsqu’elle arrive, la chaleur n’est plus aussi marquée et j’essaie de la nuancer davantage en la rapprochant des ressentis précédents, pour faire durer encore ce nouvel état. L’une des conséquences immédiates et que, mentalement, je n’associe plus cette chaleur à la fin de l’apnée ou à un emballement de l’organisme mais simplement à un signal qui me dit de me concentrer davantage. L’autre conséquence, bien sûr, c’est une augmentation systématique de mes performances en ce moment. N’oubliez pas que 80% de la réussite, en apnée, c’est du mental. 

Le but de cet article est donc de partager avec vous quelques éléments de cette méthode, afin que vous puissiez l’utiliser pour progresser dans votre discipline.

les différentes disciplines de l'apnée et les records mondiaux : Natalia Molchanova, apnée statique, russie

 

 

«  La déconcentration de l’attention, c’est la distribution de tout le champ de l’attention – vous essayez de tout ressentir en même temps. Cette condition crée une conscience vide, de sorte que les mauvaises pensées n’existent pas. Tout le temps de la plongée, j’ai la conscience vide. J’ai une sorte de mélodie dans mon esprit, qui me permet de continuer, mais en dehors de cette mélodie, je ne suis plus dans mon esprit. » – Natalia Molchanova

 

La méthode et l’apnée

La méthode est une technique d’antiques guerriers, autrefois utilisée par les samouraïs. Elle a été mise au point et formalisée par un scientifique russe, Oleg Bakhtiyarov.

Les samourais et la méthode de déconcentration de l'attention

La déconcentration de l’attention consiste à distribuer, de manière uniforme, l’attention sur l’ensemble du champ de perception et permet ainsi d’atteindre un état de relaxation avant ou pendant une épreuve. La déconcentration de l’attention n’apparaît pas spontanément, elle nécessite la mise en place d’un protocole et repose sur la concentration. Plus on est concentré sur la distribution de l’attention et moins la situation physique et physiologique se détériore. L’apprentissage commence en se concentrant sur les contours et non sur le centre des choses. 

La déconcentration de l’attention induit un sentiment particulier ressemblant à la méditation, mais sans détachement de la réalité, ce qui est l’état le plus souhaitable en apnée :

  • La consommation d’énergie est alors minimale (détente mentale et musculaire) ;
  • Le plongeur garde le contrôle de la situation car il n’a aucune réaction émotionnelle ;
  • Le corps et l’esprit sont maitrisés par une concentration constante, ce qui évite l’interférence de pensées négatives pendant une performance ;
  • La tâche difficile (l’apnée) est réalisée sans y penser. L’idée réside dans le fait que le but n’est pas de penser à la performance, mais de se concentrer pour faire durer, le plus longtemps possible, l’état de déconcentration de l’attention.

La déconcentration de l’attention mène à une « conscience vide » c’est à dire à la cessation du dialogue intérieur, ce qui permet de réagir plus rapidement et en meilleure adéquation avec les événements. Dans cet état, il est également possible de ressentir « l’épaisseur » de l’eau au-dessus et au-dessous de vous, devant vous et derrière vous et de déterminer alors votre position par rapport à la surface ou au mur. Ce ressenti génère une augmentation adaptée du tonus psycho-physiologique et s’accompagne d’une expérience d’harmonie intense avec l’élément liquide. Cet état permet également de ressentir finement les minuscules changements de l’état de l’organisme durant une performance et optimise la rapidité de prise de décision, qui se fait alors avec un contrôle conscient mineur.

la déconcentration de l'attention en apnée

© Brandon Verdura and Cassi Manner, Oahu, Hawaii. 

D’après des sources publiques, Natalia Molchanova, 16 fois championne du monde, a été la première à mentionner le succès de l’application pratique de la méthode dans un article intitulé « The Deepest Dive », paru dans le New Yorker en 2009.

« La combinaison de la déconcentration de l’attention auditive, visuelle et somatique donne une perception intégrale du monde, harmonise les interactions avec l’environnement et permet d’observer des changements infimes dans l’organisme, cela accélère la prise de décision. » – Natalia Molchanova

Note : Les (très nombreux) exercices donnés dans cet article sont classés selon 3 grands axes :

  • Travailler avec l’attention dans la modalité visuelle,
  • Travailler avec l’attention dans la modalité auditive,
  • Travailler avec l’attention dans la modalité somatique.

L’entrainement et la maitrise de l’ensemble de ces exercices vous permettra de mettre en place une déconcentration de l’attention totale.

Oleg Gueruguievitch Bakhtiyarov et la psychonétique

Oleg Gueruguievitch Bakhtiyarov et la méthode de déconcentration de l'attention

 

« Nous avons développé des pratiques permettant d’agir sous influence indésirable. Un individu effectue des calculs et, à un moment, reçoit du protoxyde d’azote et voit une hallucination. Sa tâche est de continuer les calculs, mais sans logique, car « penser » ne fonctionne plus. Bien que la personne perde régulièrement conscience, l’entraînement lui permet de poursuivre, quel que soit l’état mental modifié. L’individu quitte cet état après 3-4 minutes. Pendant ce temps, il effectue 2-3 calculs. La vitesse baisse mais reste dans la séquence appropriée. » – Bakhtiyarov

Chercheur et psychologue russe, il s’intéresse à la psychologie dans les situations extrêmes, la psychologie de la conscience et la psychonétique. Il est connu pour la mise au point de la méthode de déconcentration de l’attention.

Ses clients étaient des entreprises menant à bien des tâches essentielles à la puissance de l’URSS :

  • Ministère de l’Énergie Nucléaire et de l’Industrie. Le défi consistait à permettre aux exploitants de centrales nucléaires de surveiller plusieurs indicateurs d’un panneau de contrôle simultanément, de manière efficace.
  • Agences militaires (GRU). Le défi consistait à régler le problème de surveillance des écrans radar sur une longue période puisque la plupart des individus surveillant un écran radar pendant plus de 30 minutes en continu commence à y voir des choses qui n’y sont pas ou à ignorer des cibles réelles. Selon Bakhtiyarov, le plus grand accomplissement de l’équipe de recherche a été de mettre au point des méthodes de maintien de contrôle et de performance dans des états de conscience altérés, causés par un facteur inconnu. Le « facteur inconnu » était une arme hypothétique affectant l’esprit. L’idée d’une telle arme était basée sur l’hypothèse que la partie humaine est la composante la plus faible de tout système complexe. La tâche était de développer des techniques psychologiques permettant à un individu de résister à une telle arme.
  • Entreprises spatiales (NPO Molniva). Un autre exemple de défi concerne les cosmonautes soviétiques qui ont eu des hallucinations occasionnelles lors des premiers vols spatiaux, hallucinations attribuées aux voyages dans l’espace, aux accélérations extrêmes et à l’apesanteur. L’équipe avait pour tâche de mettre au point des techniques psychologiques permettant aux cosmonautes de rester calmes et de continuer à exercer leurs fonctions, quelles que soient les hallucinations qu’ils pouvaient subir.

Les sujets étudiés par Bakhtiyarov comprenaient l’hypnose et l’auto-hypnose, l’utilisation de dispositifs de biofeedback, les textes et pratiques traditionnels bouddhistes et yogis, des livres d’écrivains mystiques (tels que Carlos Castaneda).

Bakhtiyarov regroupe ses idées et recherches dans un domaine qu’il nomme psychonétique, « outil conçu pour accéder aux ressources mentales et perceptuelles sous leurs formes fondamentales, indépendamment de toute application particulière et de manière non idéologique ».

Plusieurs principes de base définissent la psychonétique :

  • Elle est axée sur la perception. La psychonétique fonctionne avec des phénomènes perçus directement, tels que « l’attention concentrée », la « modalité visuelle » et « l’espace imaginaire » ;
  • Elle est empirique. La psychonétique est étudiée par la pratique et non par la pensée abstraite. La pensée abstraite ne peut se substituer à l’expérience personnelle des phénomènes de perception et peut limiter les capacités de perception ;
  • Elle est technologique (orienté vers la pratique). La psychonétique recherche des résultats pratiques reproductibles. La raison de cette approche est que l’esprit humain semble être capable de produire beaucoup plus d’expériences qu’il n’est capable d’expliquer. La psychonétique suggère qu’une explication verbale d’un phénomène de perception n’est pas nécessaire pour son utilisation pratique ;
  • Elle est sobre et discrète. La psychonétique favorise une attitude sobre, non émotionnelle, discrète et (d’une certaine manière) humble envers elle-même et les expériences qu’elle produit. Cette attitude découle de l’évitement délibéré de « l’interprétation ultime » de ce que sont réellement les expériences psychonétiques ;
  • Elle est précise ;
  • Elle est extensible. Les pratiques psychonétiques sont personnalisables et extensibles, ce qui permet de créer de nouvelles pratiques et / ou d’adapter les pratiques existantes à des fins différentes.

La psychonétique suppose :

  • La volonté. La personne est active et a la capacité de contrôler sa perception. La volonté est définie comme « une activité orientée vers un objectif sans relation avec une motivation ou des stimuli externes ». Bien qu’un individu puisse percevoir sa volonté comme son « moi », il reste totalement indépendant des corps physiologiques et psychologiques et de leurs manifestations. La psychonétique suppose que la volonté réelle est indépendante de tout, ce qui en fait une autorité idéale pour surveiller et contrôler l’esprit. En russe, le mot « volonté » (« воля ») est un synonyme de « liberté », ce qui en fait un terme précis pour décrire l’expérience sous-jacente.

le rôle de la volonté dans la mise en place de la psychonoétique et la méthode de déconcentration de l'attention

  • Les modalités perceptuelles. La « modalité » est un espace dans lequel chacun des sens humains opère. La psychonétique de base fonctionne selon 3 modalités :
    • Visuelle : elle détermine la perception d’un espace 3D. C’est la plus utilisée ;
    • Auditive : elle permet de percevoir les sons et peut contribuer à la perception de l’espace 3D, mais sa qualité la plus distinctive est la perception du temps ;
    • Somatique : elle permet de percevoir les sensations corporelles.

Les modalités perceptuelles : déconcentration de l'attention en apnée

© John Kowitz, Oahu, Hawaii. 

  • L’attention. C’est une ressource perceptuelle qui comporte des aspects fonctionnels et substantiels. L’aspect fonctionnel comprend des fonctions telles que la formation de figures, la concentration et déconcentration de l’attention. L’aspect substantiel se manifeste dans les pratiques dans lesquelles l’attention occupe un volume, tel volume local d’attention ou déconcentration volumétrique.

La méthode de déconcentration de l'attention adaptée à l'apnée

  • La signification pure. Les « significations pures » sont un domaine mental qui contient des connaissances sans mots, sans symboles et sans aucune simulation sensorielle (imagination). La zone des significations pures a ses sensations mentales spécifiques, mais elles n’ont aucun lien avec les sensations sensorielles et sont généralement ignorées par l’attention normale. La plupart des individus ont fait l’expérience de sensations pures, lorsqu’ils ont le sentiment de savoir quelque chose, mais que les mots n’apparaissent pas, pour une raison quelconque. Cette expérience peut se produire dans des situations de grande fatigue, de maladie ou dans des situations extrêmes. Elle se produit également lorsqu’une personne essaie d’utiliser une langue avec laquelle elle n’est pas à l’aise. L’art est un autre domaine dans lequel les significations pures sont plus faciles à suivre. La musique, par exemple, permet à certaines personnes de faire l’expérience de diverses interprétations pures, qu’il n’est pas facile de transformer en mots. Dans le cas de l’art, toutefois, il est important de pouvoir isoler les significations pures des émotions. Un autre indice concernant la recherche de sens pur est l’enfance. Ces sensations sont évidentes pour les enfants, mais les mêmes sensations sont généralement ignorées à l’âge adulte. Aborder consciemment, par le biais de pratiques, l’aire mentale des significations pures via des exercices révèle qu’elle contient non seulement des significations de tout ce qu’un individu sait, mais également une multitude de significations inconnues pour lesquelles il n’existe ni mots ni descriptions. Bien qu’il soit difficile de comprendre et d’expliquer ce que signifient les significations pures, leur utilisation à des fins pratiques semble beaucoup plus simple. Les significations pures permettent l’utilisation pratique de certains phénomènes de perception difficiles ou impossibles à expliquer verbalement.  

Déconcentration de l'attention et signification pure,en apnée

© André Musgrove, Nassau, Bahamas.

Exercices (au boulot !)

attention et modalité visuelle

Travailler avec l’attention dans la modalité visuelle

• Notions de base

Au début, il est important de prendre conscience de l’attention, c’est à dire de faire attention à l’attention elle-même. Par exemple, dans l’espace visuel, le foyer de la vue et le foyer de l’attention sont généralement liés par une habitude perceptuelle.

EXERCICE 1 : Séparer le foyer de la vue et celui de l’attention

C’est l’exercice le plus simple pour rendre ces 2 facteurs indépendants.

  • Placez et gardez votre attention sur un objet situé dans la vision périphérique, sans le regarder directement ;
  • Puis commencez à déplacer votre vision dans différentes directions ou à tourner la tête tout en gardant l’attention sur l’objet sélectionné, sans le regarder directement.

EXERCICE 2 : Concentration de l’attention

Le pratiquant observe un seul cercle noir et concentre toute son attention sur celui-ci.

Une concentration plus profonde peut être obtenue en utilisant 2 cercles noirs. Le pratiquant déplace le regard (en se focalisant soit devant la surface, soit derrière la surface sur laquelle les cercles sont affichés), jusqu’à ce que 3 cercles apparaissent, puis concentre l’attention sur le cercle central. Un critère indique que la concentration existe toujours : le cercle central reste solide et ne se divise pas en 2 cercles d’origine.

Déconcentration de l'apnée adaptée à l'apnée, l'exercice des cercles noirs

• Déconcentration planaire de l’attention

Avec la déconcentration planaire, le monde visuel est perçu comme un fond plat indivisible. Bakhtiyarov considère que la déconcentration est l’un des éléments clés pour atteindre la vraie liberté existentielle. Normalement, divers objets de l’environnement forcent la perception humaine à les former. Ce processus de formation d’objets est généralement prédéterminé et incontrôlable. La déconcentration, cependant, donne à un individu la capacité de contrôler consciemment ce processus.

« Après tout, la déconcentration ne consiste pas seulement en ce que l’attention est étendue, élargie, l’image souhaitée est obtenue et ensuite une perception est obtenue. La déconcentration est un rejet des influences contrôlantes, des facteurs organisés de l’environnement. »  

EXERCICE 3 : Déconcentration d’attention planaire

  • Les yeux regardent en avant sans se focaliser sur quoi que ce soit et restent ainsi tout au long de l’exercice ;
  • L’attention localise l’objet le plus à gauche dans le champ de vision périphérique. S’il n’y a pas d’objet, l’attention ne couvre que le point le plus à gauche. L’individu peut attirer l’attention sur cette direction en imaginant que quelque chose d’important se passe là-bas ;
  • La tache périphérique la plus à droite est ajoutée de la même manière.  Maintenant, l’attention suit deux domaines, ce qui est déjà une forme de déconcentration ;
  • Les points les plus en haut et les plus en bas sont ajoutés de manière à attirer l’attention sur quatre points. Toute la limite périphérique est couverte d’attention.  L’attention forme maintenant une ellipse ;
  • L’attention s’étend sur l’ensemble du champ de vision, des bords au centre. Cette direction garantit que les zones visuelles périphériques ont la même signification que la zone visuelle centrale.

Il faut parfois du temps pour atteindre et approfondir l’état de déconcentration. Au début, l’attention continuera à créer des objets individuels. Un pratiquant doit continuer d’essayer d’empêcher l’attention de créer des objets et de le déconcentrer volontairement pendant au moins 10 minutes. Une fois que l’état de déconcentration est atteint, un groupe de phénomènes spécifiques et normaux peut être expérimenté. Différents effets visuels peuvent se produire, tels que :

  • Voir le monde comme un ensemble de couleurs chaotiques,
  • L’ensemble du champ visuel peut se couvrir de brouillard blanc ou gris.

La déconcentration planaire de l'attention adaptée à la pratique de l'apnée

AUTO-HYPNOSE : La vision périphérique

La vision périphérique est l’une des 5 méthodes d’induction pour entrer en auto-hypnose. Elle est similaire à la déconcentration de l’attention planaire. La vision périphérique est l’une des plus rapide pour générer un état modifié de conscience et est généralement utilisée pour créer des états d’hyper vigilance, car elle permet d’entrer dans un état modifié avec les yeux ouverts. Cette méthode à plusieurs avantages :

  • Elle coupe le dialogue intérieur,
  • Elle accélère les réactions,
  • Elle rend, en apparence, l’environnement extérieur plus lent et prévisible, parce qu’il est alors perçu de manière immédiate et globale.

Ce qui est important dans cette méthode, c’est la capacité à défocaliser, c’est à dire à ne pas concentrer notre vision en un seul et même point, souvent synonyme d’une certaine préhension très orientée du réel et donc, d’une limitation. En périphérie, nos yeux sont plus sensibles aux variations et aux mouvements : une totale défocalisation provoque immédiatement une autre perception de l’environnement et donc un état modifié de conscience. Ce que l’on perd en netteté est compensé par cet avantage.

Notes :

  • Il est impossible de suivre une pensée ordinaire en étant défocalisé ;
  • Provoque une meilleure intuition ;
  • Provoque le développement d’une « pensée flash » (images ou symboles qui surgissent de l’inconscient) ;
  • Provoque une perception modifiée de l’espace et du temps ;
  • Génère une attention particulièrement intense.

L’exercice :

  • De bout, avec un champ de vision dégagé, fixez un point aussi intensément que possible. Aidez-vous en imaginant un lien invisible reliant vos yeux à ce point. Prolongez cette étape 1 à 2 minutes, jusqu’à ressentir une baisse de l’attention ;
  • Gardez les yeux fixés sur ce point, ne bougez pas vos pupilles…
  • Et commencez à prendre conscience de ce qui se trouve sur votre droite. Prenez conscience de certains éléments et décrivez-les mentalement ;
  • Faites la même chose à gauche ;
  • Faites la même chose en haut ;
  • Faites la même chose en bas.

Maintenant, toujours sans bouger les yeux :

  • « Regardez » simultanément à droite et à gauche. En début d’exercice, observez des points assez proches du centre de votre champ de vision, puis élargissez ensuite jusqu’aux limites de celui-ci ;
  • Répétez la même opération sur le plan vertical. La perception peut alors devenir assez floue : stabilisez cette perception globale.

Vous pouvez sentir votre corps osciller d’avant en arrière, sans perte d’équilibre, afin de remarquer comment votre vision s’accroche de manière différente à ce que vous percevez.

Martin Zapanta, déconcentration de l'attention méthode adaptée à l'apnée

© Martin Zapanta

EXERCICE 4 : Recherche de nombre avec la déconcentration planaire

Table de Schulte et méthode de déconcentration planaire de l'attention

Table de Schulte

L’exercice vise à montrer comment appliquer la déconcentration à une tâche pratique.

  • Le pratiquant regarde la zone au centre de la table de Schulte, sans se concentrer sur quoi que ce soit en particulier. La vision peut même devenir floue, ne regardant rien d’autre que dans la direction générale de la table. Les yeux doivent toujours regarder dans la direction du centre de la table, de manière détendue et floue, pendant tout l’exercice ;
  • Le pratiquant concentre alors son attention sur le coin supérieur gauche de la table. L’attention est séparée de l’espace où les yeux regardent ;
  • Tout en gardant l’attention sur le coin supérieur gauche de la table, le pratiquant ajoute de l’attention :
    • Au coin supérieur droit,
    • Au coin inférieur gauche,
    • Au coin inférieur droit de la table.

Maintenant, l’attention met en évidence les 4 coins de la table.

  • Le pratiquant attire son attention sur la rangée la plus extérieure de la table. L’attention forme maintenant le cadre d’un carré ;
  • Le pratiquant couvre toute la surface de la table avec attention, en partant du cadre extérieur vers le centre ;
  • Lorsque toute la surface de la table est couverte d’attention, le pratiquant maintient cet état pendant un certain temps. La vision reste floue et les yeux regardent quelque part dans la direction du centre de la table.

À ce stade, la table peut sembler floue ou même disparaître visuellement, ce qui peut entraîner divers effets visuels.

  • Ensuite, le pratiquant essaie de rechercher un numéro coloré, sans bouger les yeux pour le chercher. Par exemple, il peut chercher du rouge. L’attention déconcentrée peut localiser le nombre instantanément, il apparaît immédiatement du tableau. Lorsque le numéro apparaît, le pratiquant ne bouge pas les yeux pour le voir, il le remarque simplement avec sa vision périphérique ;
  • Ensuite, le pratiquant se détend un instant et cherche le prochain numéro de la même manière. Par exemple, le pratiquant peut trouver tous les nombres dans l’ordre de tri croissant : 1 noir, 1 rouge, 2 noir, 2 rouge, 3 noir, 3 rouge, etc.
  • Une autre façon de faire cet exercice est de trouver tous les mêmes nombres de couleurs différentes en même temps. Par exemple, l’attention met en évidence tous les 1, puis tous les de 2, puis tous les 3, etc.

La méthode de déconcentration de l'attention adaptée à l'apnée

EXERCICE 5 : Déconcentration planaire avec les yeux fermés

L’exercice s’effectue de la même manière qu’avec les yeux ouverts et nécessite un laps de temps similaire pour obtenir la bonne expérience (au moins 10 minutes).

Un ensemble de pratiques consiste à remplir une zone (ou toute la zone visuelle) avec l’attention et à voir volontairement des couleurs imaginaires (puis des objets imaginaires) dans ces zones. L’attention agit alors comme une toile. Plusieurs images différentes peuvent être perçues par la déconcentration les yeux fermés, telles que des images ou des souvenirs de rêve. Les images du rêve sont difficiles à percevoir normalement car une attention concentrée détruit généralement leur perception. Le maintien de la déconcentration permet de conserver la perception des images du rêve sans les détruire, ce qui permet potentiellement d’entrer consciemment dans un rêve lucide. De la même manière, certains événements de la mémoire peuvent être « revécus » de manière plus réaliste.

AUTO-HYPNOSE : Le souvenir « presque hypnotique »

Rêve, auto-hypnose, souvenir hypnotique et apnée

 

 

Le souvenir presque hypnotique est une méthode d’induction permettant d’entrer rapidement dans un état de conscience modifié. C’est l’induction qui s’approche le plus de la déconcentration planaire avec les yeux fermés. Le but est de se servir d’une expérience connue en tant que base de travail, pour provoquer ensuite une modification plus profonde de l’état de conscience. Cette induction repose sur 2 principes de fonctionnements de l’inconscient :

  • Les sensations n’existent qu’au présent. Le fait de repenser à une sensation proche de l’état d’hypnose le fera donc revenir au présent et commencera à modifier l’état de conscience ;
  • La focalisation de l’attention sur une sensation l’amplifie.

L’exercice :

  • Trouvez un souvenir « presque hypnotique », couramment appelé « rêverie » ou « absence ». C’est un moment où l’on a décroché, que la perception du temps nous a semblé différente. Choisissez un souvenir de ce type et remémorez-vous ce que vous avez ressenti ;
  • Ré-actualisez ce souvenir en laissant un maximum de détails lui donner sa force. Récréez mentalement les circonstances en focalisant l’attention sur les sons, les sensations, les images, les odeurs et, surtout, le ressenti intérieur ;
  • Plongez-vous dans les sensations liées à cet état. Redécouvrez toute la profondeur de vos ressentis et soyez attentifs à ce qui commence à changer, imperceptiblement, à l’intérieur de vous ;
  • En vous concentrant sur les modifications internes, laissez-les s’amplifier pour approfondir l’état hypnotique. Restez bien à l’écoute des sensations corporelles, des éventuels spasmes musculaires, des sensations de lourdeur ou de légèreté ainsi qu’aux changements de température corporelle. Cela vous permettra aussi de faire revenir ces changements plis rapidement lors d’une prochaine expérience.

 

 

EXERCICE 6 : Déconcentration planaire et contrôle des illusions d’optique

La déconcentration planaire peut être combinée avec des pratiques de contrôle des incertitudes perceptuelles, pour obtenir le contrôle conscient d’un groupe d’illusions optiques. Dans ce type de déconcentration, les objets sont créés de manière sélective (par exemple, dans les images ci-dessous, les lignes continuent à être perçues toutes en même temps). La déconcentration sur une image d’illusion d’optique peut être réalisée de la même manière que dans la pratique avec la table de Schulte.

6.1 – La grille scintillante

Illusion d'optique : la grille scintillante

La déconcentration associée à un effort volontaire (semblable à l’effort de contrôle de la perception du cube de Necker ou des cercles colorés) permet de percevoir l’image sous sa véritable forme, c’est à dire des lignes grises et des cercles blancs (et non des lignes grises avec des cercles blancs changeant de couleur spontanément). Une tâche plus simple consiste à voir toutes les lignes avec des cercles de couleur grise stable (un effet similaire peut être obtenu en conservant l’image dans la zone de vision périphérique, mais la perception de l’image y est moins nette).

Note 1 : Le cube de Necker peut être considéré comme ayant soit le bas du côté gauche devant, soit haut du côté droit devant (3D). Normalement observé, le cube bascule spontanément de temps en temps ; un côté vient en avant, puis l’autre. 3 exercices d’attention peuvent être réalisés avec ce cube.

Cube de Necker et perception différentes du monde

Le cube de necker et le changement de perception

  • Le pratiquant maintient volontairement son attention sur un côté du cube pendant 1 à 2 minutes, sans laisser son attention passer sur l’autre côté. Il se détend ensuite et répète l’exercice sans jamais permettre à sa perception de voir le cube différemment.
  • Le pratiquant observe deux ou plusieurs cubes et les empêche volontairement de basculer spontanément (changement de côté). Les cubes peuvent avoir les mêmes côtés ou des côtés opposés devant.
  • Le pratiquant essaie d’augmenter la vitesse de commutation entre les options perceptuelles, pour être aussi rapide que possible.

Note 2 : Les cercles colorés. Il y a un cercle rouge et un cercle bleu. Le pratiquant modifie la mise au point de ses yeux (en se focalisant soit devant la surface, soit derrière la surface sur laquelle les cercles sont affichés), jusqu’à ce que 3 cercles apparaissent, le cercle central combinant des cercles rouges et bleus. Le cercle central commence alors à changer de couleur.

Les cercles colorés : changer sa perception du monde

De la même façon qu’avec le cube de Necker, plusieurs exercices peuvent être réalisés ici :

  • Le pratiquant perçoit volontairement le cercle central comme étant soit bleu ou rouge pendant 1-2 minutes. Ensuite, il se détend et recommence l’exercice.
  • Le pratiquant observe deux ou plusieurs paires de cercles colorés (ou d’autres formes, éventuellement avec d’autres combinaisons de couleurs) et maintient ses options de perception dans le même état ou dans des états opposés.
  • Le pratiquant essaie d’augmenter la vitesse de commutation entre les options perceptuelles, pour être aussi rapide que possible.
  • Le pratiquant force la perception à voir la moitié du cercle rouge et la moitié bleue. Une fois cette perception obtenue, un pratiquant divise le cercle en quatre tranches de rouge / bleu variables, puis en un nombre potentiellement plus important de tranches.
  • Le pratiquant force la perception à voir n’importe quelle figure rouge arbitraire apparaître sur la surface bleue (ou la figure bleue sur la surface rouge).

Les exercices visant à contrôler les incertitudes de perception conduisent à un meilleur contrôle et une plus grande conscience de la perception en général. Ils peuvent être considérés comme des «exercices de musculation perceptuels», car leur exécution correcte peut nécessiter une augmentation significative de l’intensité de l’attention. Bakhtiyarov a mentionné « des exercices sur le contrôle des incertitudes de perception conduisent à un regard qui a les capacités d’une main ». La maîtrise des incertitudes perceptuelles ouvre de larges champs de créativité. Il existe également des incertitudes perceptuelles dans les modalités auditives et somatiques qui peuvent être explorées et mises en pratique.

6.2 – Le mur Cafe

Illusion d'optique = le mur cafe

Dans le mur Cafe, la déconcentration combinée à la technique de contrôle des incertitudes de perception permet de garder toutes les lignes horizontales droites et parallèles.

EXERCICE 7 : Déconcentration de l’attention volumétrique

Ce type de déconcentration est très intéressant en apnée, il est applicable aux activités nécessitant des capacités de perception supplémentaires.

Le pratiquant commence par une déconcentration planaire puis l’élargit vers l’avant, ajoutant la perception du volume 3D à l’expérience de déconcentration (ajout de la perception des distances aux surfaces visibles). La déconcentration volumétrique peut encore percevoir des objets mais tous sont perçus en même temps et sans que l’attention ne change de l’un à l’autre.

La déconcentration volumétrique peut être pratiquée avec certains types d’illusion d’optique, dans lesquelles l’attention peut créer un espace 3D dans l’espace d’une image 2D. Une version plus avancée de cet exercice consiste à l’utiliser avec une photo ou une image comportant des indications de profondeur de champ notables.

La déconcentration volumétrique peut être pratiquée dans un espace 3D réfléchi dans un miroir ou une surface d’eau. Le pratiquant commence par une déconcentration plane sur la surface réfléchissante, puis l’alterne avec une déconcentration volumétrique dans l’espace 3D réfléchi. Lorsqu’un pratiquant regarde droit dans un miroir, la déconcentration peut être difficile car sa propre réflexion attire toute son attention. Cette situation est l’une des plus difficiles c’est pourquoi l’exercice est très utile. Le processus de rupture de l’habitude perceptuelle (se concentrer sur une réflexion personnelle) développe une capacité de déconcentration plus forte. Les pratiques utilisant des miroirs ouvrent un espace de créativité, comme la combinaison de plusieurs miroirs et le maintien de la perception de plusieurs espaces 3D superposés mais indépendants en même temps.

Déconcentration de l'attention volumétrique et pratique pour l'apnée

• Le volume d’attention local

Un volume d’attention local peut se former naturellement lorsque le centre de la vue et le centre de l’attention sont séparés. Une fois que l’attention se détache de l’endroit où regarde les yeux, elle forme naturellement un volume. Par exemple, le volume d’un nuage ou d’une sphère de taille différente, en fonction de la distance qui le sépare d’un pratiquant. La différence entre la concentration d’attention et le volume d’attention local est la suivante : la concentration d’attention visuelle perçoit la surface d’un objet alors que le volume d’attention local perçoit un volume. Le volume d’attention local devient une sensation spéciale de perception du volume de tous les côtés, à l’intérieur et à l’extérieur. Il existe 2 types de volume d’attention local :

  • L’attaché : il remplit le volume d’un objet ;
  • Le non attaché : il n’est attaché à aucun objet en particulier.

Le volume d’attention local augmente le réalisme subjectif de tout objet particulier (ou de plusieurs objets) dans l’espace 3D virtuel.

EXERCICE 8 : Créer un volume d’attention local

  • Le pratiquant attire son attention n’importe où dans la pièce, par exemple dans un coin visible avec sa vision périphérique mais sans regarder directement cet espace et sans attirer l’attention pour former une boule ou un nuage ;
  • Le pratiquant tente alors d’isoler et d’intensifier les sensations perceptuelles spécifiques du volume d’attention local produit.

EXERCICE 9 : Déplacer un volume d’attention local

  • Le pratiquant forme un volume d’attention local de la taille d’une balle de ping pong et le place devant son visage ;
  • Il fait ensuite tourner ce volume autour de sa tête, horizontalement, dans le sens des aiguilles d’une montre ou dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.

Le pratiquant remarquera la différence de perception du volume d’attention local lorsqu’il quitte la zone visible et entre dans la zone de non-perception visuelle (derrière la tête) ; puis lorsqu’il revient de l’autre côté de la tête dans la zone visible.

Pour augmenter la complexité de cet exercice, le pratiquant peut ajouter plusieurs balles de ping pong : 2 puis 4 et les faire pivoter toutes en même temps. Ces balles peuvent être tournées horizontalement, verticalement ou dans n’importe quelle direction et suivant n’importe quelle orbite, autour de la tête.

D’autres exercices découlent de celui-ci :

  • Le pratiquant passe la balle de ping pong à travers différents objets et essaie de remarquer les différences de perception lorsque la balle passe à travers un objet. Il est important de se souvenir de ces différences de perception ;
  • Le pratiquant crée un volume d’attention local qui remplit le volume d’un objet existant : le volume d’attention local prend alors la forme de l’objet sélectionné ;
  • La rotation d’un volume d’attention local : difficile à réaliser mais l’exercice intensifie les sensations perceptuelles spécifiques au volume d’attention local. Cette pratique est utile pour supprimer toute imagination visuelle, car cette dernière ne peut pas suivre le phénomène perçu. L’imagination somatique est également supprimée.
    • L’exercice consiste à faire pivoter deux moitiés de la balle dans des directions opposées ;
    • Une autre façon de rendre cette pratique plus difficile consiste à faire pivoter la balle dans deux directions ou plus, en même temps.

Déplacer un volume d'attention local avec une balle de ping pong

• Le plan de vision abstrait

Un plan de vision abstrait est une zone mentale dans laquelle les images visuelles se transforment en pur sens, la zone de « pure visualité ». Imaginez une personne qui joue à un jeu pendant tellement longtemps qu’elle en oublie l’existence de l’écran qui affiche les images de ce jeu. Le plan de vision abstrait est, ici, l’écran qui affiche les images. La psychonétique place le plan de vision abstrait dans la catégorie perceptuelle des « non-formes ».

Le plan de vision abstrait en psychonétique

L’expérience du plan de vision abstrait est la plus difficile des pratiques visuelles. Il est conseillé d’essayer cette pratique lorsque vous maitrisez la déconcentration planaire.

EXERCICE 10 : Accéder au plan de vision abstrait

On accède au plan de vision abstrait à partir d’une déconcentration planaire de l’attention, en éloignant l’observateur conventionnel du plan de déconcentration. L’observateur conventionnel est un domaine que beaucoup d’individus considèrent subjectivement comme leur soi perceptuel visuel. Cette zone est généralement située dans ou derrière les yeux ou au centre de la tête.

Le pratiquant tourne volontairement le plan de vision abstrait, obtenant ainsi une vue « en angle » sur le visuel, qui mène finalement à la libération de l’une des habitudes de perception les plus puissantes. Cette pratique conduit à une séparation claire de l’espace d’attention et de la modalité visuelle (à la fois réel et imaginaire), qui ouvre la possibilité de travailler directement avec l’espace d’attention.

L’observateur conventionnel peut maintenant pousser volontairement son attention vers l’avant, à travers le plan de vision abstrait. Cette action peut conduire à perdre la perception du monde normal et à percevoir autre chose, qui n’est pas en 2D ou en 3D et qui n’a pas de séparation claire entre les modalités.

EXERCICE 11 : Zone de non perception visuelle

La zone de non-perception visuelle est inaccessible par la perception visuelle (exemple derrière la tête du pratiquant). La psychonétique place cette zone dans la catégorie perceptuelle des « non-perceptions ».  En commençant par la déconcentration planaire, le pratiquant repousse l’attention dans la zone située derrière la tête. Lorsque vous placez une attention visuelle derrière la tête, il est important d’éviter de visualiser quoi que ce soit dans l’espace visuel imaginaire. La zone de non-perception visuelle a ses propres sensations particulières qu’un pratiquant apprend à reconnaître.

Synthèse modalité visuelle

Synthèse travail avec l’attention dans la modalité visuelle

 

attention et modalite auditive

Travailler avec l’attention, dans la modalité auditive

Les pratiques sont similaires aux pratiques de modalité visuelle. Il est essentiel d’apprendre à isoler la perception auditive des sensations. Dans de nombreux cas, une habitude perceptuelle fait automatiquement en sorte que l’imagination visuelle suive la perception auditive. Il faut apprendre à percevoir les sons par eux-mêmes. Cela rend la perception auditive plus nette ; permet de détecter des signaux plus faibles, initialement au-delà des limites de la perception ; conduit à découvrir l’arrière-plan : le flux abstrait du temps.

EXERCICE 12 : Concentration auditive de l’attention

  • Les yeux fermés, le pratiquant se concentre sur un son particulier ;
  • Puis il remarque comment un son est reconnu comme une figure dans le temps et comment une direction est associée à ce son particulier.

EXERCICE 13 : Déconcentration auditive de l’attention

  • Les yeux fermés, le pratiquant commence par sélectionner les sons les plus forts et les plus faibles ;
  • Puis il diffuse son attention, de manière égale, sur tous les sons situés entre les plus forts et les plus faibles.

Avec la déconcentration auditive, tous les sons reconnaissables (musique, gens qui parlent, chants d’oiseaux) sont déconstruits et perçus simultanément, sans aucune notion de ce qu’ils sont ni de leur origine. Les sons sont regroupés dans le moment où ils se produisent et non par leurs sources, leurs figures ou leurs directions. Pour atteindre ce groupe, la perception de la durée de chaque son est réduite à une durée de 0,5 à 1,5 secondes.

Une astuce aide à atteindre la déconcentration auditive : placer l’attention sur le tympan et noter tous les sons dès qu’ils viennent, tout en supprimant la création de figures sonores dans le temps.

Lors de la déconcentration auditive, le pratiquant attire son attention sur les écarts entre les sons les plus forts et les plus faibles, c’est à dire l’espace dans lequel aucun son n’existe. Partant de la perception des écarts entre les sons, le pratiquant passe à la perception de la durée dans sa forme abstraite pure, qui est la perception du flux temporel abstrait. Vivre le flux de temps abstrait conduit à de multiples exercices avec le temps.

Déconcentration de l'attention et expérience avec le temps

Par exemple, un pratiquant peut garder simultanément à l’esprit des durées courtes et longues, créant éventuellement la perception d’une durée 2D. Une autre pratique consiste à arrêter volontairement le flux de temps subjectif. Il est également possible de rouler le flux de temps subjectif dans la direction opposée à son flux normal. La sensation subjective d’un écoulement temporel inversé (dans l’esprit du pratiquant uniquement) est relativement simple à réaliser avec un entraînement. Bakhtiyarov a exprimé un grand enthousiasme sur une possibilité théorique de dévoiler la sensation d’un écoulement temporel inversé dans un corps humain, l’empêchant ainsi (théoriquement) de vieillir et de mourir. Cependant, jusqu’à présent, il n’y a pas de rapports ou de preuves observables montrant que quiconque a réalisé des progrès dans ces tâches. Rapportée à l’apnée, cette pratique permet le maintien des sensations corporelles dans un état donné, qui se détériore plus lentement.

Alex Voyer, photo galerie Apnée, photo sous-marine, photo Diatomée, photo apnée, Sofia Gomez Uribe

© Alex Voyer

 

attention dans la modalité somatique

Travailler avec l’attention dans la modalité somatique

Les pratiques de modalité somatique (tactile, kinesthésique) sont similaires aux pratiques de modalités visuelles et auditives. Comme pour la modalité auditive, il est important d’apprendre à isoler les sensations tactiles et somatiques tout en supprimant toute visualisation habituelle dans un espace imaginaire.

EXERCICE 14 : Concentration d’attention tactile

  • Les yeux fermés, un pratiquant se concentre sur toute sensation tactile pendant quelques minutes. Une astuce pour intensifier la concentration tactile consiste à essayer de sentir le battement du cœur dans le point de concentration ;
  • Le pratiquant tente maintenant d’isoler uniquement la sensation tactile et de supprimer toute imagination visuelle, par exemple en imaginant un espace 3D ou une direction dans laquelle la perception se produit.

EXERCICE 15 : Concentration somatique de l’attention

  • Les yeux fermés, un pratiquant place son attention sur les parties internes de son corps, essayant de reconnaître les sensations internes ;
  • Il peut essayer d’attirer l’attention sur des zones de différents organes et noter le type de sensations somatiques qu’elles produisent ;
  • Le pratiquant tente d’isoler uniquement les sensations somatiques et de supprimer toute imagination visuelle.

La concentration somatique est utilisée dans de nombreuses pratiques traditionnelles (yoga, qi gong) en raison de l’hypothèse selon laquelle la concentration de l’attention dans différentes zones du corps entraîne des changements prévisibles de l’état psychophysiologique personnel (par exemple, la concentration somatique au centre du thorax conduit à la stabilisation du niveau émotionnel du pratiquant).

EXERCICE 16 : Déconcentration tactile de l’attention

  • Les yeux fermés, un pratiquant commence par faire porter son attention sur les sensations tactiles du dessus de la tête et au-dessous des pieds ;
  • Puis il place ensuite son attention, de manière égale, sur toutes les sensations tactiles, y compris celles qui viennent du corps touchant les vêtements et la surface de l’assise ;
  • Le pratiquant tente d’isoler uniquement les sensations tactiles et de supprimer toute imagination visuelle.

EXERCICE 17 : Déconcentration somatique de l’attention

  • Les yeux fermés, un pratiquant commence par les sensations tactiles sur le dessus de la tête et le dessous des pieds ;
  • Puis diffuse son attention sur toutes les sensations tactiles et internes du corps. Il les perçoit toutes en même temps, sans se focaliser spécifiquement sur une sensation particulière.

Le retour vers la lumière d'un apnéiste, après une longue descente, Alex Voyer

© Alex Voyer

EXERCICE 18 : La perception du fond somatique

Le fond somatique est subjectivement perçu comme un tonus corporel ou un niveau d’énergie corporelle caractérisé par la qualité (pouvant être affectée par les sons perçus ou les objets visuels) et par la quantité (intensité). La technique de fond somatique peut être interprétée comme une version consciente d’un « sentiment d’intestin » / intuition.

  • Après une déconcentration somatique régulière, pour remarquer l’arrière-plan des sensations somatiques, il est utile d’utiliser des sons ou des objets visuels :
    • Cas de sons : yeux fermés, le pratiquant remarque comment le fond somatique réagit aux sons entrants et comment les sons entrants changent d’état ;
    • Cas d’objets visuels : yeux ouverts, le pratiquant examine différents objets et remarque comment ils affectent l’état de l’arrière-plan somatique.

Un point sur les significations pures

Plier une entité (texte, qualité, objet, système ou situation) en un sens pur revient à percevoir directement la sensation de sens pur de cette entité, isolée de toute perception sensorielle, imaginaire, symbole ou mot. Le déploiement d’un sens pur est un processus de matérialisation d’une sensation de sens pur en un texte, des symboles, une action ou une zone sélectionnée avec attention. Exemples :

  • Le processus consistant à incorporer un texte dans un sens pur peut être appelé « compréhension »;
  • Déployer un sens pur dans un texte peut être appelé « explication » ou « verbalisation ».

Plier et expérimenter des sens purement significatifs fait partie de la méditation de la volonté, c’est-à-dire qu’un pratiquant tente de ressentir le sens pur des phrases de méditation (« Je suis » verbal, « Je suis » ressenti, sens pur, ce que cela crée en moi).

EXERCICE 19 – Une pratique simple consiste à utiliser des figures géométriques 2D colorées, telles qu’un triangle vert, un cercle rouge et un carré bleu. Les yeux fermés, un pratiquant :

  • Imagine, dans un espace imaginaire, une figure sélectionnée,
  • Prononce son nom textuel,
  • Et tente de saisir la sensation du sens, du sens sous-jacent, de la sémantique qu’elle produit en lui,
  • Puis il regarde les figures colorées l’une après l’autre, tout en essayant de remarquer la différence subtile des sensations mentales que ces figures produisent.

Utilisation de figures géométriques et gestion des sens purs

EXERCICE 20 – Une fois que les sens purs sont remarqués, le pratiquant tente de maintenir ces sensations sans y associer d’image visuelle et sans prononcer de mots. Après avoir appris à percevoir les significations pures des figures, il sélectionne une figure colorée à travers son sens pur, sans la nommer ni l’imaginer (yeux fermés). Après la sélection, le pratiquant dévoile le sens pur soit à l’espace imaginaire visuel, soit en nommant la figure colorée verbalement.

EXERCICE 21 – Le pratiquant extrait la signification pure d’une couleur particulière (par exemple, le rouge) et la garde en tête sans la nommer ni imaginer un objet ou une surface avec cette couleur. Il fait ensuite la même chose avec d’autres couleurs. De la même manière, des formes abstraites peuvent être utilisées. La perception d’une forme en tant que sens pur se produit sans qu’elle soit imaginée peinte de quelque couleur que ce soit et sans la nommer verbalement. De la même manière, toute qualité abstraite peut être extraite.

EXERCICE 22 : Création de qualités irréelles

Expérimenter des significations pures de qualités abstraites ouvre la possibilité de créer un sens pur de qualités qui n’existent pas normalement. Deux façons de créer des qualités irréelles :

  • Par addition de qualités : l’ajout d’une luminosité abstraite à une fluidité abstraite permet d’obtenir une qualité de fluidité lumineuse, qualité qui n’existe pas dans le monde normal mais qui peut être vécue et ressentie comme un sens pur ;
  • Par soustraction de qualités : la soustraction de qualités conduit à expérimenter les significations pures d’une lumière noire, d’un silence fort, d’un espace 3D avec moins de 6 directions régulières, d’un espace 3D avec deux côtés droits et aucun côté gauche, etc.

EXERCICE 23 : Déconcentration en sens pur espace mental

Dans le cas des couleurs, le pratiquant déconcentre son attention sur toutes les couleurs visibles disponibles en sens pur dans l’espace mental, cela revient à percevoir le sens pur d’un arc-en-ciel (sans l’imaginer ni le nommer).

Une tâche plus complexe consiste à se déconcentrer sur les significations pures de toutes les figures géométriques disponibles.

La déconcentration en sens pur peut être floue et incertaine mais il existe une sensation claire et relaxante de connaître cette zone, de savoir ce qu’elle contient et de pouvoir travailler avec elle de manière efficace. La déconcentration dans une modalité sensorielle commence généralement à partir de limites perceptuelles.

Une approche récemment mentionnée par Elon Musk consiste à structurer la connaissance d’un domaine ou d’un projet sous la forme d’un arbre sémantique. Cette structure est pratique pour la déconcentration et permet de visualiser un domaine ou un projet en tant qu’organisme dynamique en croissance, ayant ses racines, son tronc, ses branches et ses feuilles. Une telle approche permet de mieux comprendre pourquoi les choses sont ce qu’elles sont, dans quelles directions l’arbre pousse et comment guider son processus de croissance de manière consciente et saine.

L'apnéiste Johanna Nordblad par Ian Derry, Nowness, apnée sous glace

© Ian Derry

Pour finir : comment s’entrainer à la psychonétique

La psychonétique est pratiquée une fois par jour, 4 à 6 jours par semaine.

Une pratique quotidienne typique commence par la médiation de la volonté, 20 minutes, qui sert d’échauffement. La méditation sera également pratiquée pendant 2-5 minutes à la fin de la pratique comme une période de récupération.

La limite de temps pour chaque exercice est de 3-15 minutes. Par conséquent, si vous choisissez 7 exercices, la durée quotidienne de la pratique sera entre 1 et 2 heures. Il n’est pas recommandé de consacrer plus de 2 heures par jour à la formation psychonétique.

La plupart des exercices peuvent nécessiter 15 à 40 jours de pratique pour acquérir une solide expérience du phénomène décrit, puis encore davantage pour approfondir cette expérience. De nombreux exercices risquent de ne pas fonctionner au début, ce qui est normal. Il est important de continuer à essayer de les faire pendant au moins 15 à 40 jours avant de juger de leur efficacité. L’effort d’un pratiquant pour atteindre un phénomène décrit est le facteur principal d’une formation psychonétique efficace. Au départ, peu importe si un phénomène est atteint pendant la pratique ou non. L’effort appliqué régulièrement finit par faire apparaître le phénomène, puis en augmente la qualité.

Il est possible de changer d’exercices tous les deux jours pour offrir une diversité lors de l’entraînement. Cependant, cette approche pourrait réduire l’efficacité de la formation, il est donc préférable de l’utiliser avec des exercices facultatifs.

Il existe plusieurs modes de changement de type de perception, qui définissent différents objectifs d’entraînement :

  • Entraînement en profondeur de la perception : un changement survient lorsque le type de perception actuel est le plus profond ;
  • Entraînement en force perceptuelle : un changement survient lorsqu’un pratiquant commence à se sentir fatigué ;
  • Entraînement à la vitesse perceptuelle : un changement de vitesse a lieu le plus rapidement possible, tout en maintenant la qualité de chaque type de perception.
  • Perception totale : les pratiques combinent plusieurs types de perception à exécuter simultanément ;
  • Perception visuelle totale : obtenue en effectuant simultanément une déconcentration volumétrique, une déconcentration planaire, un plan de vision abstrait (non-forme) et la zone de non-perception visuelle (non-perception) ;
  • Déconcentration totale de l’attention : obtenue en effectuant une déconcentration volumétrique, auditive et somatique en même temps.

Une fois qu’un pratiquant apprend les pratiques de déconcentration, de non-forme et de non-perception dans les 3 modalités (visuel, auditif et somatique), il est possible d’essayer de les combiner en même temps, obtenant ainsi une perception totale. Selon Bakhtiyarov, la perception totale conduit au phénomène de « blocage du monde » (lorsque la perception régulière du monde s’arrête complètement), puis à la capacité de maintenir un certain degré de conscience de manière continue, même pendant le sommeil profond. Plusieurs types de combinés possibles :

  1. Volume d’attention local → Déconcentration volumétrique → Déconcentration planaire → Déconcentration volumétrique → Volume d’attention local
  2. Volume d’attention local → Déconcentration planaire → Zone de non-perception visuelle → Déconcentration planaire → Volume d’attention local
  3. Déconcentration planaire → Déconcentration planaire (yeux fermés) → Déconcentration planaire
  4. Volume d’attention local → Déconcentration volumétrique → Déconcentration planaire → Plan de vision abstrait → Zone de non-perception visuelle → Plan de vision abstrait → Déconcentration planaire → Déconcentration volumétrique → Volume local d’attention
  5. Déconcentration planaire (yeux fermés) → Déconcentration auditive → Déconcentration somatique → Déconcentration planaire (yeux fermés)
  6. Concentration auditive → Déconcentration auditive → Écoulement abstrait du temps → Déconcentration auditive → Concentration auditive

Il est préférable de ne pas précipiter un exercice car, même si un pratiquant peut avoir le sentiment que l’expérience appropriée est déjà acquise, continuer à le faire révèle parfois des expériences encore plus profondes et intéressantes.

Selon Bakhtiyarov, un esprit a besoin de temps pour s’adapter de manière saine aux techniques mentales inhabituelles. Ainsi, il recommande de dépenser au moins 1,5-2 ans pour apprendre la psychonétique.

 

Sources :

Natalia Molchanova, « Déconcentration de l’attention en apnée«  – AIDA France

 Wikipédia 

Kevin Finel, « Auto-Hypnose, un manuel pour votre cerveau« 

Igor Kusakov, « Psychonetics : A nerd’s toolset to work with mind and perception« , 2016

© Martin Zapanta – Image principale de l’article

Déconcentration de l’attention et application à l’apnée
4.8 (96%) 10 vote[s]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *