La cohérence cardiaque

Alex voyer, apnée, cohérence cardiaque

La recherche de la détente – mentale et physique – est une constante chez les apnéistes désireux de développer leurs performances. Cette recherche amène de nombreux athlètes à s’intéresser au yoga, à l’auto hypnose comme à d’autres techniques de relâchement mental ou de changement d’état de conscience. Nous avions déjà évoqué quelques pistes dans ce blog :

Le contrôle des cycles ventilatoires est une base commune à de nombreuses méthodes de relaxation. Ce contrôle se retrouve dans les protocoles no warm-up, qui incluent, le plus souvent des cycles avec expirations longues et des respirations carrées.

Dans cette même veine, la cohérence cardiaque est un état d’équilibre physiologique, mental et émotionnel de l’organisme, utilisé pour gérer le stress et réguler les émotions. La cohérence cardiaque n’est pas un état spontané : on y accède par la pratique d’exercices de contrôle ventilatoire visant à modifier la fréquence cardiaque. Dans cet état, la tension artérielle décroit, tout comme le rythme cardiaque. La cohérence cardiaque peut être utilisée avant des séries d’apnées à sec ou dans un protocole no warm-up.

Fonctionnement simpliste de l’organisme

Notre corps est régulé par 2 systèmes : le système nerveux somatique et le système nerveux autonome.

• Le système nerveux somatique perçoit les sensations (via les nerfs sensoriels) et commande l’ensemble des actions volontaires (via les nerfs moteurs). Il participe à la relation entre notre organisme et l’extérieur par nos 5 sens (vue, ouïe, odorat, goût, toucher), la perception des sensations (via l’épiderme) et nos mouvements. Le système nerveux somatique achemine les sensations des organes sensoriels vers le système central et du système central vers les muscles squelettiques (nerfs moteurs), permettant les mouvements volontaires, qui sont une réponse à l’environnement.

• Le système nerveux autonome (ou végétatif) est en charge des fonctions automatiques de l’organisme, comme la digestion, le rythme cardiaque, la tension artérielle, la transpiration, etc. Il régule l’organisme dans une recherche constante d’équilibre. La fréquence cardiaque est une composante essentielle du système nerveux autonome. Le système nerveux autonome comprend le système sympathique et le système parasympathique.

Schématiquement :

Système nerveux somatique et sytème nerveux autonome : le fonctionnement de l'organisme humain

• Le système sympathique prépare l’organisme à une situation de stress et déclenche l’ensemble des actions nécessaires à la fuite ou au combat, dont – entre autres – la relaxation de la vessie et une stimulation des glandes sudoripares (hausse de la sudation), certainement l’une des raisons pouvant expliquer pourquoi certains apnéistes ressentent l’envie d’uriner, un « coup de chaud » ou une hyper-salivation lors de la rupture physiologique (stress). Le système sympathique est stimulé à l’inspiration : en d’autres termes, l’inspiration entraine une accélération du rythme cardiaque.

• Le système para sympathique agit en opposition au système sympathique, dans une logique d’équilibre de l’organisme. Le système para sympathique favorise donc la récupération, la relaxation, le calme, le repos, la réparation de l’organisme. Il est stimulé à l’expiration : en d’autres termes, les expirations longues entrainent une baisse du rythme cardiaque. L’importance de maitriser les techniques de contrôle ventilatoire et de privilégier les expirations longues lors d’une recherche de ralentissement du rythme cardiaque avant une performance en apnée prennent, ainsi, tout leur sens.

Schématiquement :

Fonctionnement du système nerveux autonome

Pour mieux comprendre…

Fonctionnement physiologique de l'organisme, pour mieux comprendre

Cohérence cardiaque et importance de la ventilation sur le rythme cardiaque

Influence de la ventilation sur le cœur et cohérence cardiaque

En 1961, Dejours et coll. a évoqué la « personnalité ventilatoire » de chaque individu : « un même débit ventilatoire total ou alvéolaire peut être réalisé par une infinité de combinaisons de volume courant (Vt) et de fréquence ventilatoire (FR). Chaque sujet présente sa propre combinaisons Vt x FR et, de plus, des mouvements respiratoires qui lui sont propres. »

Mais, indépendamment de notre « personnalité ventilatoire », la ventilation influence le rythme cardiaque pour tout organisme humain. Physiologiquement :

  • L’inspiration augmente le rythme cardiaque par inhibition du système para sympathique ;
  • L’expiration baisse le rythme cardiaque par stimulation du système para sympathique.

L’oscillation entre l’inspiration et l’expiration représente l’arythmie respiratoire sinusale (ASR), principalement sous influence du système parasympathique.

Pour baisser le rythme cardiaque, les cycles ventilatoires avec un temps d’inspiration normal et un temps d’expiration le plus long possible (10 secondes, 16 secondes, 20 secondes pour ceux qui le peuvent), sont particulièrement efficaces. Enchainer une douzaine de cycles permet de trouver un état de relâchement quasi immédiat.

Pour atteindre un état d’équilibre de l’organisme, c’est à dire mettre en résonance (effet Vaschillo) les variations dues à la respiration (hautes fréquences) avec celles dues à l’activité baro-réflexe1 (basses fréquences), un exercice simple de cohérence cardiaque peut être réalisé selon la règle du 3.6.5 :

  • 3 fois par jour (avec 4 heures de « repos » entre chaque pratique) ;
  • 6 cycles ventilatoires par minute (5 secondes d’inspiration abdominale par le nez suivi de 5 secondes d’expiration abdominale par la bouche, ventilation dite « équilibrante ») ;
  • Pendant 5 minutes.

L’état de cohérence cardiaque permet de tendre vers une fréquence respiratoire de 0,1Hz, ce qui est la fréquence de résonance des biorythmes et notamment de celle cœur/poumons.

la synchronisation des ondes en apnée et en méditation

Ouverture sur la synchronisation des ondes

If you wish to understand the universe, think of energy, frequency and vibration. – Nikola Tesla

La troisième des sept lois universelles dit « Rien ne repose, tout bouge, tout vibre » (…) « L’univers entier n’est qu’une vibration. » La science a confirmé que tout, dans l’univers, y compris vous-même, est énergie pure vibrant à différentes fréquences.

Énergie, fréquence, vibration sont des concepts que l’on ressent naturellement en monopalme puisque le mouvement même est une courbe oscillatoire que l’on cherche à optimiser pour « être en harmonie » avec l’élément. Le relâchement mental joue dans cette recherche d’harmonie. Tout le monde a, un jour, vécu un cours en se sentant « parfaitement aligné », avec une ondulation optimale et un mental sans parasite. Pourtant difficilement reproductible.

Il m’est arrivé, suite à une auto hypnose réalisée avant une série d’apnées hypercapniques à sec, de zoomer, de partir complétement dans l’univers. J’ai fermé les yeux, retenu mon souffle et, littéralement, je suis parti : j’étais dans l’espace, il y avait des étoiles, des couleurs irréelles, aucune pesanteur, aucune gravité. J’étais vraiment bien, déconnecté de tout inconfort. Cette expérience ne m’est arrivée qu’une seule fois, mais depuis, je m’interroge. Particulièrement quand je sais que la fréquence des biorythmes est de 0,1Hz et que celle des ondes delta (sommeil profond, sans rêves) est de 0,4 à 0,5Hz.

Existerait-il un état mental qui permettrait d’onduler au même rythme, dans un mouvement optimal ? Est-ce cela l’alignement ? L’harmonie entre le rythme des fréquences cérébrales et le rythme de l’ondulation en monopalme ? Et, si oui, comment (re)trouver cela avec aisance ? 

La science a montré qu’un effet de résonance peut influencer le rythme des ondes cérébrales. Le battement régulier d’un tambour, un chant grégorien, des activités physiques rythmées, des couleurs, certains types de pulsations sonores émises directement dans l’oreille procurent cet effet et peuvent accélérer ou ralentir la fréquence des ondes. Le son continu des bonzes est utilisé à cette fin. La déconcentration de l’attention le permet également, je ne sais pas si vous avez pu le vivre avec certains exercices donnés dans cet article ? N’avez-vous jamais entendu ce qui s’apparente « au bruit du silence » ou « la vibration de votre organisme » pendant une apnée ? Si l’un de mes lecteurs dispose d’informations à ce sujet ou souhaite partager son expérience, n’hésitez pas à laisser un commentaire, je suis preneur 😉

alignement fréquences cérébrales, méditation, apnée

Notes :

1 Baro-réflexe : c’est la réponse déclenchée par la stimulation des baro-récepteurs. La distension des parois artérielles stimule les baro-récepteurs et active le nerf vague (vasodilatation, système para sympathique), entrainant une inhibition du système sympathique et une chute de la tension artérielle. Ce processus amène à la cohérence cardiaque.

© Alex Voyer – photo principale de l’article

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