Les différentes disciplines de l’apnée et les records mondiaux

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« La plongée en apnée, c’est le désir de chercher à savoir qui l’on est. Le meilleur moyen de le savoir, c’est de te retrouver dans des strates de ton existence où tu vas douter. On est censés être la personne qu’on connaît le mieux mais pour savoir qui l’on est, il faut se déséquilibrer. Qui suis-je ? Où vais-je ? C’est au fond que l’on trouve la réponse. » Pierre Frolla

L’apnée est une forme de plongée qui existe depuis toujours et dans laquelle l’apnéiste interrompt volontairement sa ventilation pour aller chercher :

  • Un bien-être,
  • Un dépassement de soi,
  • Ou pour aller à la découverte des fonds marins, au plus près de sa faune et sa flore.

Popularisée en 1988 avec le film mythique Le Grand Bleu de Luc Besson, qui a généré plus de 9 millions d’entrées, l’apnée se développe de plus en plus en France, où l’on compte en moyenne 300 apnéistes à pratiquer l’une des 3 disciplines en compétition :

  • Apnée statique (indoor),
  • Apnée dynamique (indoor),
  • Apnée en poids constant (outdoor).

En France, on compte aujourd’hui :

  • 330 000 apnéistes pratiquants,
  • 141 000 licenciés FFESSM,
  • 2 500 structures,
  • 7 200 moniteurs,
  • 15 activités différents d’apnée. Parmi elles, distinguons les épreuves indoor (pratiquées en piscine) et outdoor (la verticalité, pratiquées en mer).

Les épreuves indoor

Les épreuves d’apnée indoor sont celles qui se pratiquent en piscine (en intérieur).

Indépendamment des connaissances, inhérentes à l’apnée, qu’elles requièrent – relâchement physique et mental, connaissance de soi et de ses limites – ces épreuves, à l’exception de l’apnée statique, supposent des bonnes connaissances de nage : brasse, bipalmes, monopalme et un bon gainage abdominal.

L’apnée statique

L’apnée statique est une discipline dans laquelle l’apnéiste doit rester le plus longtemps possible avec les voies respiratoires immergées. Elle se pratique généralement dans les petits bains où l’eau, plus chaude, permet un meilleur relâchement mental et physique. Allongé, détendu, l’apnéiste entre progressivement dans un long voyage intérieur.

L’apnée statique, c’est un peu la base de ce sport. On y apprend le lâcher prise et le relâchement musculaire (jusqu’à la langue et les insertions), indispensables pour « durer », car la moindre crispation (musculaire, psychologique) – liée au froid, à des soucis personnels ou à l’abord des zones d’inconfort – consomme de l’O2. En somme, l’apnée statique c’est l’art de ne penser à rien et de se détendre.

« L’apnée, c’est un peu comme une séance de psychothérapie ! Cela exige de régler certains problèmes ou questions que l’on se pose, impossible de tricher dans cette activité car elle contraint de se retrouver seul.e, face à soi-même » Morgan Bourc’his

Bien que les différentes disciplines de l’apnée ne soient pas comparables (on peut être bon en dynamique ou en verticalité et mauvais en statique), il n’est pas incohérent de penser que plus l’apnéiste fait de longues apnées statiques, plus ses distances, verticales ou horizontales, dans les autres disciplines seront bonnes (bien que d’autres facteurs entrent en jeu).

En apnée statique, le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par la russe Natalia Molchanova avec 9 minutes et 2 secondes en Juin 2013,

  • Chez les hommes, par le français Stéphane Mifsud, avec 11 minutes et 35 secondes en Juin 2009.

« Sur 11’35, je commence à avoir envie de respirer vers 3’30. Ensuite, le combat commence. Je suis allé très loin dans la décontraction et le relâchement : je fais de l’autohypnose, j’arrive à déconnecter de la réalité pour passer dans un état second. Comme quand on s’assoupit le soir devant un film à la télé. Le temps passe plus vite. Ça fait très mal, la souffrance est horrible. A la fin, j’étais réveillé depuis longtemps. Il fallait simplement que j’arrive à sortir vivant. Ce n’est pas très poétique comme image mais c’était un voyage au bout de la vie. Je crois que je serais resté 10 secondes de plus, j’aurais eu des problèmes. Mais je me connais parfaitement, j’ai fait des milliers d’apnée, je comprends les signes que me donne mon corps. Mon cœur battait à moins de 18 pulsations par minute. Il fallait vraiment sortir. » Stéphane Mifsud

L’apnée dynamique

L’apnéiste doit parcourir la plus grande distance horizontale possible, soit en bassin de 25 mètres, soit en bassin de 50 mètres (selon la piscine où il s’entraine ou le lieu de la compétition). De manière générale, c’est le lactate1 qui pousse les apnéistes à sortir de l’eau, spasmes ou inconfort générés par le besoin d’O2 étant maitrisés avec l’entrainement.

L’apnée dynamique est une discipline très technique, qui peut être réalisée avec ou sans palme.

• Sans palme, on l’appelle le DNF : Dynamic No Fin

La distance est réalisée à la brasse, avec un mouvement spécifique visant à optimiser chaque action des bras et des jambes, sollicités en décalé, afin de procurer un maximum de glisse à l’apnéiste : plus la glisse est importante, moins l’apnéiste aura de mouvements à faire, chaque sollicitation musculaire étant consommatrice d’O2.

Dans cette logique, la propulsion au mur (au démarrage et lors des virages) est donc une opportunité pour l’apnéiste de parcourir une distance supplémentaire sans mouvement, en jouant sur sa glisse. On comprend aisément que cette épreuve est plus agréable dans les bassins de 25 mètres (fréquence des virages et donc des opportunités de propulsions) que dans ceux de 50 mètres.

Le DNF est une discipline très agréable, pure, dont la performance repose en grande partie sur la technique (minimiser les mouvements), le gainage (optimiser la glisse) et le relâchement (accepter l’inconfort lorsqu’il survient).

Le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par la polonaise Magdalena Solich-Talanda avec 200 mètres en Avril 2018,

  • Chez les hommes, par le polonais Mateusz Malina, avec 244 mètres en Juillet 2016.

• En bipalme ou monopalme, on l’appelle le DYN

La distance est réalisée à l’aide d’une surface propulsive, au choix de l’apnéiste : bipalmes ou monoplame. L’une ou l’autre requiert une excellente technique, pour les mêmes raisons que le DNF : optimiser la glisse et minimiser l’effort musculaire.

Contrairement au DNF, le virage ici n’est pas particulièrement apprécié par l’apnéiste car il casse la vitesse acquise pendant la longueur et nécessaire à la glisse (particulièrement en monopalme). Cette épreuve est donc généralement plus agréable en bassin olympique.

Le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par l’italienne Alessia Zecchini avec 250 mètres en 2016,

  • Chez les hommes, par le français Arthur Guérin-Boëri avec 300 mètres la même année.

Le 16×25 mètres et le 16×50 mètres 

Il s’agit de parcourir 16 fois de suite la longueur du bassin (pas de virage à prendre dans cette discipline), avec des palmes ou une monopalme, en un minimum de temps.

On parle de séries hypercapniques :

  • Les temps de récupération sont réduits (l’épreuve totale doit être réalisée le plus rapidement possible),
  • Les temps d’apnée (en distance parcourue) sont constants : 25 mètres ou 50 mètres.

Dans ce type de séries, le corps se charge progressivement en CO2 et l’inconfort est ressenti assez rapidement. Les risques d’accidents (samba, syncope) sont faibles (on tend plutôt vers une logique d’asphyxie progressive). Ces épreuves existent en compétition. À l’entrainement, elles sont très formatrices, car elles permettent :

  • De sortir de sa zone de confort et de se familiariser ainsi avec les sensations désagréables de fin d’apnée,
  • De travailler le mental,
  • D’optimiser la technique du palmage,
  • D’augmenter la résistance au CO2,
  • D’augmenter la tolérance au lactate,
  • D’augmenter l’endurance de l’apnéiste.

Dans ces épreuves, les Nageurs Avec Palmes (NAP) excellent généralement davantage que les apnéistes purs.

Le 100 mètres speed

Comme son nom l’indique, il s’agit de parcourir 100 mètres en apnée, le plus rapidement possible. Cette épreuve, bien sûr, est réalisée :

  • Avec une monopalme (plus rapide que les bipalmes),
  • Dans un bassin de 50 mètres : il n’y a ainsi qu’un seul virage à prendre, car les virages prennent du temps (2 à 3 secondes).

Le 100 mètres speed est une épreuve très physique car la fréquence des mouvements ondulatoires entrainent une consommation proportionnelle de l’O2 disponible dans le corps : les muscles se chargent donc rapidement en lactate et l’apnéiste ressent vite le besoin de ventiler. Ce n’est pas une épreuve où l’on va chercher la plus grande distance possible (lenteur, glisse et économie des mouvements) mais bien le temps le plus court possible sur une distance donnée.

À titre indicatif, les podiums 2013 montrent des temps variant entre 36 secondes chez les hommes (Patrick Fourcade) et 43 secondes chez les femmes (Natalia Ovodova). Pour comparaison, un apnéiste qui maitrise bien sa mono (et sa technique) et qui va davantage chercher de la distance parcourt 50 mètres en 40 secondes.

Les épreuves outdoor

« C’est comme si tu ouvrais une porte et que les lumières s’éteignaient une à une dans le couloir. C’est la pénombre et je sais qu’il faut que je sorte à ce moment-là. » Pierre Frolla

Les épreuves d’apnée outdoor sont celles qui se déroulent en mer : l’outdoor, c’est la verticalité.

Comme pour les épreuves d’indoor, l’outdoor requiert les connaissances inhérentes à l’apnée – relâchement, connaissance de soi et techniques de nage. Mais l’apnée outdoor nécessite également une parfaite connaissance des méthodes de compensation des oreilles à la descente :

  • Valsalva (à proscrire car abîme le système auditif et ne permet pas de descendre bien profond),
  • Frenzel, Frenzel mouthfill (à privilégier)
  • Béance Tubaire Volontaire (BTV – idéale).

C’est la facilité ou non à compenser lors de la descente (le non équilibrage entrainant des douleurs vives d’oreille voire des perforations tympaniques avec risques de barotraumatismes et de vertiges), qui freinera l’apnéiste. Si elle repose pour partie sur la détente du corps et de l’esprit, la compensation implique également des connaissances techniques : plus elle est réalisée en force, plus elle lèse le système auditif de l’apnéiste, avec des séquelles à long terme.

La verticalité impose deux contraintes :

  • La poussée d’Archimède :

« Tout corps, plongé dans un liquide, reçoit, de la part de celui-ci, une poussée verticale de bas en haut, égale au poids du liquide déplacé »

Ainsi, à la descente et jusqu’à la zone des 30 mètres, l’apnéiste devra fournir un effort physique intense pour rejoindre le fond, en luttant contre cette poussée : c’est la flottabilité positive. Cette flottabilité s’inverse dans la zone des trente mètres, pour devenir négative : l’apnéiste est alors littéralement attiré vers le fond. Son effort à fournir pour descendre devient nul : c’est ici que la véritable apnée, le vrai relâchement commence.

  • La pression hydrostatique : c’est la pression qu’exerce l’eau sur la surface d’un corps immergé. Elle augmente d’un bar tous les 10 mètres de profondeur. C’est cette pression qui nécessite l’équilibrage de caisse par les techniques de compensation évoquées précédemment. Ainsi, au fond, l’apnéiste est soumis à une pression telle qu’il devra à nouveau fournir un effort intense pour s’en extraire et rejoindre la zone des trente mètres (flottabilité positive), puis la surface.

Le poids constant

C’est la discipline la plus pure de l’apnée. En poids constant, l’apnéiste descend et remonte, avec un lestage et sans toucher le filin qui le guide, à une profondeur qu’il a annoncé en amont. Le poids constant peut être pratiqué à la palme ou sans palme. Sans palme, elle s’apparente à un DNF (épreuve indoor) vertical.

Avec palme ou monopalme, le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par la russe Natalia Molchanova avec 101 mètres en Septembre 2011,
  • Chez les hommes, par son fils, Alexey Molchanov avec 130 mètres en Juillet 2018.

Sans palme, le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par la japonaise Sayuri Kinoshita avec 72 mètres en Avril 2016,
  • Chez les hommes, par le néo-zélandais William Trubridge avec 102 mètres en Juillet 2016.

L’immersion libre 

L’immersion libre se pratique sans palme : il s’agit de descendre et de remonter, le long du filin et en s’aidant de ce dernier, à une profondeur annoncée en amont.

Pour des raisons de sécurité, l’immersion libre se pratique également sans lestage : l’apnéiste pourrait, sans palme, avoir des difficulté à sortir de la zone de flottabilité négative s’il devait porter un lest.

Le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par la russe Natalia Molchanova avec une descente à 91 mètres en Septembre 2013,
  • Chez les hommes, par le néo-zélandais William Trubridge avec une descente à 124 mètres en Mai 2016.

L’apnée à poids variable

À l’entrainement, cette discipline permet de travailler la compensation (équilibrage des oreilles pendant la descente) et le relâchement. Elle consiste à descendre à la gueuse et remonter à la palme.

La gueuse est un pareil lesté, pesant entre 15 et 30 kilos, fixé sur un câble. De fabrication artisanale (les apnéistes fabriquent eux-mêmes leurs gueuses), elle emmène l’apnéiste vers les profondeurs sans que ce dernier n’ait le moindre effort physique à fournir (particulièrement dans la zone de flottabilité positive et à la remontée). La gueuse est contrôlée par un frein, qui permet à l’apnéiste de s’arrêter à la profondeur désirée. En actionnant ensuite la commande dédiée, l’apnéiste libère de l’air comprimé qui gonfle un parachute le ramenant à la surface.

Dans le cas de l’apnée à poids variable, la gueuse n’est pas activée à la remontée, puisque l’apnéiste remonte à la palme.

L’apnée à poids variable permet d’atteindre une plus grande profondeur (grâce à la gueuse) que le poids constant ou l’immersion libre, mais nécessite également une parfaite connaissance de soi et de la distance parcourue, qu’il faudra remonter ensuite, avec l’effort que l’on sait pour lutter contre la pression négative.

Le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par la russe Natalia Molchanova avec une descente à 127 mètres en Juin 2012,
  • Chez les hommes, par le grec Stavros Kastrinakis avec une descente à 146 mètres en Novembre 2015.

Le No-limit

C’est l’apnée du Grand Bleu : l’apnéiste descend et remonte, à l’aide d’une gueuse, à une profondeur qu’il a annoncé en amont.

Cette discipline permet d’atteindre de très grandes profondeurs et nécessite de maitriser parfaitement les techniques de compensation. Elle nécessite également une infrastructure importante, avec une équipe de sécurité en surface et des plongeurs bouteille en profondeur. À ces profondeurs, les plongeurs bouteilles respirent des mélanges comme le trimix ou l’hydréliox. Dans l’obligation de faire des paliers de décompression longs, ils ne peuvent, dans la plupart des cas, pas venir en aide à l’apnéiste sans s’exposer eux-mêmes.

Le record du monde est détenu :

  • Chez les femmes, par l’américaine Tanya Streeter avec une descente à 160 mètres en Août 2002,
  • Chez les hommes, par l’autrichien Herbert Nitsch avec 214 mètres en Juin 2007. Herbert Nitsch a mis au point une technique de compensation surprenante qui fonctionne parfaitement : à la descente, il vide son air dans une bouteille de plastique et le récupère progressivement pour équilibrer.

__________

1 Le lactate est un déchet musculaire. Il est le produit final de la glycolyse anaérobie (fermentation) : si la consommation de glucose est supérieure à l’apport d’oxygène, ce qui est le cas en apnée puisque l’apport en O2 n’est pas renouvelé pendant l’effort, le pyruvate issu de la glycolyse est transformé en lactate.

 

Sources

© Alex Voyer – Image principale de l’article

© Eau Libre Contest – Photo apnée statique

© Daan Verhoeven – Sayuri lors de sa descente en poids constant, championnat AIDA 2017

© Phil Simha – Herbert Nitsch avec sa gueuse lors d’une descente

F. Lemaître, L’apnée, de la théorie à la pratique, publications universités de Rouen et du Havre

Wikipédia

 

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